Avec une philosophie basée sur l'accès et non plus sur la propriété, l'écoute en streaming s'impose chaque jour un peu plus comme l'un des modèles dominants (le..?) de l'ère post CD. Apple, qui a confirmé dimanche le rachat du site américain Lala.com, s'apprête vraisemblablement à enrichir sa plateforme iTunes d'une offre de streaming à l'unité ou par abonnement, à l'instar des services déjà proposés par Spotify ou Deezer en Europe.
J'ai déjà pas mal parlé de Spotify dont je suis membre premium, payer 10 euros par mois pour un accès illimité à des catalogues conséquents et de plus en plus exhaustifs (ok… sans les Beatles, AC/DC et Metallica :-) fait de plus en plus son chemin dans l'esprit des consommateurs de musique, mais quand en plus l'application iPhone de Spotify permet d'embarquer des morceaux off line, la question d'acheter un album pour 9,99 euros sur iTunes se pose de moins en moins…
Lala.com est assez méconnu en Europe. Son modèle économique consiste à proposer la location à l'infini de chaque morceau d'un catalogue de plus de 8 millions de titres au prix de 0,10 dollar, à télécharger le fichier en rajoutant 0,79 dollar (le téléchargement direct étant aussi proposé, à 0,89 dollar). Ce service en ligne présente également des caractéristiques très attractives puisqu'il vend sa musique sous forme de crédits prépayés et qu'il a su tisser des relations avec les réseaux sociaux. Sur Facebook par exemple, l'internaute américain qui souhaite offrir un morceau à l'un de ses contacts sera par exemple invité à le faire via Lala.
Absorption d'un concurrent direct ou ingestion de leurs technologies ? Peu importe. Sauf si iTunes compter laisser Lala.com en l'état (ce qui me semble peu probable), on se dirige vraisemblablement vers un iTunes nouvelle génération…
Deezer propose aujourd'hui de la musique gratuite et légale en streaming à 10 millions d'utilisateurs en Europe (dont 6 millions en France), dispose déjà d'une application mobile gratuite (900.000 téléchargements depuis l'Apple Store) et tire l'essentiel de ses revenus de la publicité présente sur le site. La concurrence de Spotify se fait de plus en plus menaçante : interface plus séduisante, meilleure qualité d'encodage, possibilité pour les membres premium d'embarquer 3.000 titres off line depuis l'application mobile. Deezer doit rapidement riposter et se prépare à lancer à son tour une offre premium payante. La levée de fonds récente de 6,5 millions d'euros va dans ce sens. Mais même une fois ce service premium annoncé, l'enjeu reste de taille : comment se différencier pour convaincre les utilisateurs actuels de payer ? En innovant. Embarquer des playlistes off line sera un minimum puisque Spotify le propose. Développer la dimension éditoriale, pourquoi pas mais leur blog remplit déjà cette fonction. Il semble qu'au delà de l'exhaustivité des catalogues et de la portabilité déjà aquise, Deezer mais aussi les plateformes concurrentes vont devoir aller plus loin dans l'expérience qu'ils proposent à leur consommateurs. A partir de là, quoi de plus attractif que la proximité avec les artistes ou qu'un traitement VIP ? Seulement les maisons de disques qui contrôlent cette proximité potentielle avec les artistes ont-elles les moyens d'être au RV ? Vont-elles enfin admettre que le développement d'une offre légale de qualité est leur salut et qu'il est temps de s'engager auprès des initiatives innovantes plutôt que d'en constituer l'un des goulots d'étranglement. Deezer tout comme Spotify et toutes les sociétés qui innovent aujourd'hui sur le marché de la musique et cherchent à inventer les modèles économiques de demain ne pourront pas réussir sans leur contribution... et celle des artistes.